Il y a des chansons qui naissent d’une mélodie.
D’autres commencent par une question.
Technostress Stimulus est née quelque part entre les deux, mais surtout d’un phénomène que je crois qu’on devra commencer à nommer davantage : ce qui arrive à celles et ceux qui utilisent intensément l’intelligence artificielle pour augmenter leur propre capacité à créer, analyser, développer, apprendre ou produire.
Je ne parle pas ici d’une peur de l’IA.
Bien au contraire.
Le problème commence peut-être justement parce que ça fonctionne.
Quand une idée devient trois
Depuis quelque temps, l’intelligence artificielle fait partie de mon quotidien créatif et professionnel. Utilisée correctement, elle peut donner l’impression de multiplier nos capacités.
Je lance une tâche. Elle travaille.
Pendant ce temps, j’en commence une autre.
Puis cette deuxième tâche demande elle aussi quelques secondes d’attente. Alors j’en ouvre une troisième.
Une idée en fait naître trois. Trois processus deviennent cinq. Cinq deviennent dix.
Et progressivement, quelque chose change dans notre rapport au temps.
Ces quelques secondes pendant lesquelles autrefois nous aurions simplement attendu deviennent soudainement des espaces à remplir.
Le vide devient presque inefficace.
Pire : il devient inconfortable.
Et c’est là que le mot technostress a commencé à prendre un autre sens pour moi.
Pas seulement le stress provoqué par trop de courriels, trop d’écrans ou trop de notifications. Mais celui qui peut apparaître lorsqu’on découvre qu’on est capable d’en faire énormément davantage… et qu’on commence à vouloir maintenir cet état en permanence.
Le stimulus de la performance
Il y a quelque chose de profondément grisant là-dedans.
Quand une journée qui aurait auparavant permis d’accomplir une chose en permet maintenant trois, il existe une réelle sensation de puissance.
On avance.
On comprend plus vite.
On construit davantage.
On voit apparaître devant soi des possibilités qui auraient nécessité auparavant beaucoup plus de temps.
Et chaque petite victoire stimule la suivante.
C’est là que j’ai commencé à voir un parallèle avec l’adrénaline de la performance.
On ne cherche pas nécessairement à travailler davantage parce qu’on nous y oblige.
On le fait parfois parce que ça fait du bien.
Le cerveau reçoit continuellement ce petit signal : encore une chose, encore une idée, encore une limite dépassée.
Stimulus.
Et si on n’y prend pas garde, cette stimulation devient elle-même une récompense.
Trois heures quelque chose
C’est probablement cette partie qui a donné sa véritable identité à la chanson.
Il arrive que tout soit enfin silencieux.
Il fait noir.
Le corps sait parfaitement qu’il devrait dormir.
Et pourtant, quelque part derrière les yeux, une idée s’allume.
Puis une autre.
Les fameux hamsters retrouvent leur roue.
Ce n’est même pas nécessairement désagréable. C’est parfois étrangement lumineux. Le cerveau veut repartir, explorer, résoudre, créer.
Mais il est trois heures quelque chose.
Et demain existe encore.
C’est ce contraste que je voulais transformer en musique : un passage nocturne presque flottant où Technostress et Stimulus cessent d’être de simples mots pour devenir des éléments rythmiques et mélodiques.
Pas une scène sombre.
Une sorte d’euphorie mal placée dans le temps.
Le super-pouvoir qui décide de se réveiller alors qu’on lui demande simplement de dormir.
Je ne suis pas la machine
En travaillant sur les paroles, quelque chose m’a toutefois dérangé.
À force de parler « d’augmentation », j’avais presque commencé à raconter l’histoire d’un humain devenu autre chose grâce à l’IA.
Ce n’est pas ce que je crois.
L’intelligence artificielle peut augmenter ce que je suis capable de faire.
Elle ne m’augmente pas, moi.
Je suis toujours la même personne, avec un corps qui fatigue, une mémoire imparfaite, des intuitions, des hésitations et parfois simplement besoin de ne rien faire pendant quelques minutes.
L’outil peut amplifier.
Il peut accélérer.
Il peut ouvrir des chemins.
Mais il ne choisit pas nécessairement lesquels valent la peine d’être suivis.
Cette responsabilité reste humaine.
Et cette réflexion est finalement devenue le véritable message de Technostress Stimulus.
Nous pouvons utiliser des outils incroyablement puissants sans devoir nous transformer nous-mêmes en machines.
Nous demeurons les conducteurs.
Les orchestrateurs.
Ce sont encore nos mains qui tiennent la baguette.
Et puis il y avait Suno 6
L’autre raison derrière cette pièce était beaucoup plus expérimentale.
Je voulais tester jusqu’où Suno 6 pouvait aller.
Pas simplement lui demander de générer une chanson, mais pousser sa capacité à maintenir une véritable architecture musicale sur environ six minutes : progressive house, tribal house, melodic techno, longues montées, variations mélodiques, changements harmoniques, passages instrumentaux et un véritable super-drop au milieu de la nuit.
J’ai aussi expérimenté avec la mise en scène vocale, les indications de performance, les effets sur certains mots et différentes façons de faire apparaître une seconde présence représentant l’IA.
Certaines idées ont très bien fonctionné.
D’autres absolument pas.
Et quelques générations extraordinaires ont trouvé une façon particulièrement créative de mourir avant leur propre finale.
Bienvenue au laboratoire FYBulous.
Au fil des itérations, j’ai fini par comprendre qu’il fallait arrêter d’essayer de tout faire raconter par les paroles.
La musique devait elle aussi porter le concept.
La première moitié devait donner cette sensation euphorique de puissance.
La nuit devait flotter, scintiller et devenir presque incontrôlable.
Le mot Stimulus devait se fragmenter et se transformer en matière sonore.
Puis la finale devait retrouver quelque chose de profondément humain.
Respirer.
Choisir.
Diriger.
Technostress Stimulus
Cette pièce n’est donc ni une critique de l’intelligence artificielle ni une célébration aveugle de l’augmentation.
Elle vient plutôt de cet espace étrange dans lequel plusieurs d’entre nous commencent peut-être à vivre.
Celui où nos outils peuvent aller très vite.
Où notre imagination peut soudainement suivre plusieurs routes simultanément.
Où le vide paraît parfois beaucoup moins intéressant que la prochaine idée.
Mais où il faudra probablement réapprendre, de temps en temps, à laisser une minute n’être qu’une minute.
Parce qu’au bout du compte, l’outil peut jouer très fort.
Mais c’est encore nous qui décidons du tempo.
FYBulous














