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Le Roi attendra : quand une comptine d’enfance devient une fable électro

Pochette de « Le Roi attendra » de FYBulous montrant le roi, sa femme et le petit prince face à une foule qui recherche le narrateur, tandis que des scènes en arrière-plan évoquent sa vie ailleurs.

Il y a des chansons qu’on cherche longtemps.

Et puis il y en a d’autres qui semblent déjà exister quelque part, cachées dans les branches d’un autre projet.

Le Roi attendra appartient clairement à la deuxième catégorie.

Au départ, je ne travaillais même pas sur cette chanson. J’explorais plutôt une nouvelle direction musicale autour d’un EDM aux accents d’opéra techno, avec des arrangements vocaux plus complexes, des superpositions de voix et différents effets que j’expérimente depuis quelque temps.

Un projet en nourrissait un autre. Des textures restaient. Des idées aussi.

Puis, sans raison particulière, une vieille comptine m’est revenue en tête.

Lundi matin…

Et avec elle, le roi, sa femme et le petit prince.

Une comptine qui ne voulait jamais finir

Je ne sais pas combien de fois j’ai chanté cette comptine lorsque j’étais petit.

Le principe était merveilleusement simple : le roi, sa femme et le petit prince venaient chez moi pour me serrer la pince. Je n’étais pas là. Alors ils reviendraient le lendemain.

Mardi.

Puis mercredi.

Puis jeudi…

Et ainsi de suite.

C’est justement ce caractère répétitif qui rend la comptine si amusante quand on est enfant. Elle pourrait presque continuer éternellement.

En cherchant à retrouver précisément ce souvenir, je me suis d’ailleurs aperçu qu’il existe différentes versions de la comptine. Celle que j’ai retrouvée en ligne n’utilise pas exactement toutes les paroles dont je me souvenais.

Mais l’essentiel était là.

Le roi revient.

Et moi, je ne suis jamais là.

C’est à ce moment qu’une question toute simple a changé le projet :

Pourquoi?

Pourquoi suis-je toujours absent?

Et si mon absence avait une raison?

Dans la comptine, l’absence est surtout un mécanisme. Il faut que je sois absent pour que le petit prince annonce le prochain jour et que tout recommence.

Mais une fois adulte, cette absence m’intéressait beaucoup plus que la visite du roi.

Et si je n’avais tout simplement pas le temps de recevoir le roi?

Pas parce que je le fuis.

Pas parce que je veux provoquer qui que ce soit.

Et même pas parce que je sais qu’il vient.

Je suis simplement… ailleurs.

Lundi, ma main en tient déjà une autre : quelqu’un a besoin que je reste.

Mardi, je suis parti avant que la ville se réveille pour voir le soleil se lever.

Mercredi, j’écoute un ami chercher ses mots.

Jeudi, je décide de perdre mon après-midi.

Exprès.

Et je découvre que c’était peut-être le plus beau jour de la semaine.

Vendredi, je danse assez longtemps pour que vendredi devienne samedi sans me prévenir.

Et samedi, je ne suis nulle part.

Pourtant, pour la première fois, j’ai exactement l’impression d’être au bon endroit.

Pendant tout ce temps, le roi attend.

Quand une absence devient un événement

C’est là que ma petite comptine commence réellement à devenir une fable.

Parce que plus le personnage est absent, plus son absence dérange.

Au début, quelques personnes attendent devant sa porte.

Puis on parle de lui.

On le cherche.

Les curieux arrivent. Les caméras apparaissent. La foule grandit.

Une visite qui devait être importante simplement parce qu’elle venait du roi finit par devenir un immense spectacle.

Et quelque chose d’assez contemporain apparaît derrière cette vieille histoire.

Nous vivons dans un monde qui décide constamment de ce qui devrait mériter notre attention.

Il faut être là.

Il faut répondre.

Il faut regarder.

Il faut réagir.

Et si tout le monde regarde dans une direction, il devient presque étrange de regarder ailleurs.

Dans Le Roi attendra, le personnage ne mène pourtant aucune révolution.

Il ne renverse pas le roi.

Il ne monte pas sur une barricade.

Il n’a même rien contre lui.

Il a simplement autre chose à faire de sa vie.

Et plus j’avançais dans l’écriture, plus cette idée me plaisait.

« Personne n’avait pensé qu’une absence pouvait être pleine »

Cette phrase est probablement devenue le cœur de la chanson.

Parce qu’être absent d’un endroit ne signifie pas nécessairement être absent de sa propre vie.

On peut manquer un événement parce qu’on accompagne quelqu’un.

On peut ne pas répondre parce qu’on écoute.

On peut perdre quelques heures sans les gaspiller.

On peut disparaître momentanément du regard des autres tout en étant extraordinairement présent quelque part ailleurs.

L’absence du personnage paraît vide à ceux qui l’attendent.

Pour lui, elle est remplie.

Remplie de gens.

De soleil.

De conversations.

De musique.

De temps perdu.

De vie.

Alors oui…

Le roi attendra.

Puis arrive dimanche

Il fallait évidemment qu’un jour, le cycle se brise.

Dimanche matin, pour la première fois, je suis là.

Pas revenu.

Pas arrivé.

Simplement là.

Le roi s’avance.

Toute la semaine semble attendre derrière lui.

Et enfin, cette fameuse main se tend.

Dans la comptine de mon enfance, cette rencontre aurait probablement dû constituer la résolution parfaite : enfin, le roi peut me serrer la pince.

Mais ma fable avait changé en chemin.

Cette fois, ma main est libre.

Et pourtant, je ne sais plus pourquoi elle devrait prendre la sienne.

Ce n’est pas un refus spectaculaire.

Ce n’est même pas vraiment un refus.

C’est plutôt la découverte que quelque chose que tout le monde avait déclaré extrêmement important… ne l’était peut-être pas pour moi.

Le roi me regarde.

Et soudain, il n’y a plus rien à attendre de demain.

Une chanson née presque naturellement

Musicalement, Le Roi attendra a suivi un parcours assez semblable.

Je disposais déjà de matériel provenant de mes autres expérimentations : textures électroniques, traitements vocaux, idées rythmiques, recherches autour de cet univers EDM et opéra techno.

J’ai commencé à mélanger ces éléments, presque comme un mashup de mon propre laboratoire.

Puis les paroles ont évolué.

La structure s’est précisée.

Le ton est apparu.

La mélodie a trouvé sa place.

Il aura finalement fallu seulement quelques dizaines d’itérations pour arriver à cette version — ce qui, dans ma façon de travailler, est presque une naissance sans douleur.

Mais surtout, je n’ai jamais vraiment eu l’impression de partir d’une page blanche.

Le Roi attendra est né des traces laissées par plusieurs autres projets.

Une expérimentation en déclenche une autre. Une texture abandonnée trouve soudain sa place ailleurs. Une idée qui semblait secondaire devient le point de départ de quelque chose de complètement différent.

Et au milieu de tout ça, une comptine chantée il y a très longtemps décide de refaire surface.

Le roi peut attendre

J’aime l’idée que cette chanson conserve quelque chose de l’enfance sans chercher à la reproduire.

Le roi est toujours là.

Sa femme aussi.

Le petit prince également.

Les jours passent toujours.

Mais le personnage qui était autrefois simplement « absent » a maintenant une vie entre les lignes.

Et finalement, peut-être que Le Roi attendra raconte quelque chose d’assez simple :

notre temps n’appartient pas automatiquement à ce qui fait le plus de bruit, à ce qui attire le plus de regards ou à ce que les autres considèrent important.

Parfois, ce qui compte se trouve exactement là où personne ne nous cherche.

Et si un roi se présente justement ce jour-là…

il attendra.

— FYBulous

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